Perpignan et les bons comptes du Conseil départemental

NOU-S PERPIGNAN félicite le Conseil départemental de se soucier enfin du sort de notre capitale roussillonnaise après tant d’années de silence. Il s’étonne toutefois d’une communication qui fleure bon les temps électoraux, mais pas forcément la cohérence ni la bonne foi.
Annoncer qu’on va faire pleuvoir des millions sur la ville, c’est déjà un type de discours sur lequel il faudrait réfléchir. Si la seule légitimité d’un pouvoir est de tenir une caisse pleine de l’argent des contribuables, c’est dire où en est la notion de projet collectif. Mais même dans ce cas, encore faudrait-il que ces dépenses témoignent d’une vision politique pour la ville. Et on n’en voit pas.

D’abord parce que les 5,3 millions d’euros que le Conseil département se propose de dépenser sont engagés conformément à ce qui était prévu lorsque le département a signé le Contrat de Ville en 2015. Ce n’est donc pas un effort exceptionnel qui est consenti pour Perpignan, comme on voudrait le faire croire, mais le simple respect d’un engagement passé.
Ensuite parce que tout cela ne nous dit pas quelle idée on se fait au Conseil départemental de la politique de la ville menée à Perpignan. Est-ce que la cession du couvent Saint-Sauveur, l’abandon du musée de l’école, le suivisme sur la deuxième phase du Campus Mailly, l’assentiment quant à la construction d’une salle de sport qui coûtera la démolition à Saint-Jacques d’un îlot supplémentaire, veut dire qu’on y plébiscite la politique de la ville menée par Olivier Amiel, malgré son échec patent ? Ce ne seront pas les réunions de pilotage du Contrat de ville, auxquelles les représentants du département n’assistent pas, qui nous le diront.

NOU-S PERPIGNAN ne tient pas les cordons de la bourse publique. Il ne proposera pas aux Perpignanais ces orages de subventions soudains, qui laissent la ville aussi sèche de misère une heure après. Il leur proposera, comme à toutes les formations politiques qui veulent changer la ville, de construire ensemble un projet nouveau, pour essayer d’affronter vraiment une situation sociale qui devient effrayante.

NOU-S PERPIGNAN. L’autre gauche.

Le collectif NOU-S PERPIGNAN s’étonne du contenu de la double page concernant les élections municipales de 2020 à Perpignan dans L’Indépendant du 22 octobre. Pas d’avoir été oublié du panorama. Faire de la politique autrement, collectivement, démocratiquement, en traitant des sujets de fond avant de se lancer dans le bal des « soupirants », croire que la situation politique actuelle est tellement grave qu’elle exige un renouveau profond des pratiques, ne peut pas être bien compris du microcosme local. Mais il est dommage que le principal quotidien du pays s’attarde sur des candidatures présumées, des réunions prétendues, des « stratégies » qu’il vaudrait mieux appeler des marchandages, plutôt que de dresser un état des enjeux de cette élection pour la ville et des propositions qui sont faites pour y faire face.

Alors que L’Indépendant nous suggère l’existence de rencontres nocturnes entre initiés « à gauche » (au sous-sol du Conseil départemental probablement) afin de négocier de tristes mariages de raison, NOU-S PERPIGNAN est né pour apporter un bol d’air frais dans ce mauvais soap opera.

Perpignan s’appauvrit, s’enlaidit, perd confiance, et ce n’est pas les petites combines habituelles qui permettront à la gauche d’y renaître, mais sa capacité à susciter chez les Perpignanais un sursaut démocratique. C’est ce à quoi NOU-S PERPIGNAN s’efforce, parce que les temps sont trop durs pour manquer à ce point de sérieux.

NOU-S PERPIGNAN répond au secteur du bâtiment

Le collectif NOU-S PERPIGNAN a été surpris de l’entrée sur le terrain politique des représentants des grandes entreprises du bâtiment du département. Disons-le tout net, leur prise de position en faveur de la politique de destruction du quartier Saint-Jacques menée par la municipalité est erronée et mal venue. Elle rappelle ces connivences intéressées entre groupes de pression et pouvoir politique qui paralysent le changement dans notre pays.

Dénoncer le blocage des travaux de destruction du quartier, c’est oublier la responsabilité de la mairie dans ce blocage. Par son incompétence, par son incapacité à présenter un plan lisible de rénovation, à tenir compte des critiques émanant pourtant de personnes compétentes, à associer les habitants du quartier.

Les habitants du quartier Saint-Jacques, et tous ceux qui luttent pour ce quartier, ne refusent pas un projet de rénovation urbaine mais veulent qu’il soit conçu avec intelligence, pour leur offrir une vie meilleure.
Quand les grands entrepreneurs du bâtiment demandent que la commande publique soutienne leur activité, en mettant en avant leur compétence pour la « rénovation lourde » et la « construction neuve », ils oublient que le rôle des pouvoirs publics dans l’économie n’est pas d’adapter leurs exigences aux désirs des lobbies mais de fixer un cap en fonction de l’intérêt général, et en prévision de l’avenir.

Or, en matière de travaux publics et de bâtiment, l’intérêt général et la prévision de l’avenir, exigent que l’on abandonne l’économie des « rénovations lourdes » et de la « construction neuve » pour développer celle de la réhabilitation, de la densification, de la rénovation énergétique. Sauf à vouloir détruire définitivement notre pays, les entreprises du bâtiment comme les pouvoirs publics doivent être, ensemble, les moteurs de ce changement, pour le bien de tous.

Quel projet pour le centre-ville de Perpignan ?

Le projet de rénovation urbaine du quartier Saint-Jacques, quartier prioritaire d’intérêt national de la politique de la ville, bat son plein. Une nouvelle vague de bulldozers arrive, et nos élus nous promettent les grues pour bientôt.

Photographie du panneau d’information sur la démolition de l’îlot Puig.
Photographie du panneau d’information sur la démolition de l’îlot Puig.

À juste titre de nombreuses voix s’élèvent contre le projet actuel. Dans un objectif de dé-densification urbaine mais aussi de contrôle de l’espace public, on veut multiplier les placettes en abattant des îlots entiers, détruisant par là- même la spécificité historique de ce quartier, lotissement ‘ouvrier’ dont la trame date du Moyen-Âge. On a préféré, pour pouvoir attirer des investisseurs privés, les opérations de destruction/reconstruction plutôt que de réhabilitation. Et la communauté gitane du quartier s’inquiète de son futur : malgré les messages qui se veulent rassurants, aucune information n’est donnée sur le planning du projet, ni sur les mesures qui seront prises pour assurer son relogement dans le quartier.
Il suffit de déambuler dans Saint-Jacques pour se rendre compte de son état de délabrement avancé, qui est le fruit d’un abandon de longue date sur lequel on devrait d’ailleurs s’interroger. Alors oui, bien sûr, arrivé à ce point il faut une politique de requalification urbaine. Mais une politique qui offre un avenir aux populations du quartier, dans le respect du patrimoine bâti, et qui imagine de nouvelles modalités d’intervention.

Une question de méthode : l’urbain et le social

Il est faux de croire qu’une stricte intervention d’urbanisme changera quoi que ce soit à la situation sociale du quartier, 40 ans de politique de la ville nous l’apprennent largement. La ville est à l’image des sociétés qui la développent et non l’inverse.
Il faut donc une intervention sociale forte qui anticipe puis accompagne le projet urbain, ainsi que l’association des habitants au projet pour une appropriation effective. Or qu’en est-il des projets sur le quartier ? Quelles initiatives pour lutter contre la déscolarisation (ne faut-il pas s’interroger sur le modèle de l’école de la Miranda) ? Quels projets pour les jeunes du quartier, désœuvrés et sans compétences [1]? Quels moyens et quelle indépendance pour la maison de quartier ? Quels outils pour la santé, l’alphabétisation, la scolarisation, l’accès à l’emploi, la condition des femmes ? Le quartier a pourtant fait l’objet d’un diagnostic social très complet qui détaillait les conditions de réussite de l’opération[2], en pointant notamment l’enjeu de l’insertion sociale des jeunes.
La simple greffe de nouveaux bâtiments ‘aux normes’ et proprets ne modifiera pas la vie du quartier. Sans projet de fond pour les habitants actuels de Saint-Jacques, ils resteront certainement vacants des habitants des classes moyennes que l’on espère voir s’implanter pour assurer une mixité sociale. La création de logements « adaptés » aux populations gitanes du quartier ne va qu’amplifier les effets ségrégationnistes de l’absence d’une politique claire et non clientéliste à leur attention, en renforçant et matérialisant le sentiment d’une différence. Ce n’est pas l’usage des espaces domestiques qui est problématique, mais l’usage des espaces communs et particulièrement de l’espace public dont l’investissement peut faire peur.
Que conclure, de cette absence de réflexion et d’accompagnement social ? Que les craintes de la population sont fondées et qu’il s’agit bien d’une opération pour les écarter du quartier et ainsi avoir les mains libres pour sa réaffectation à d’autres populations ? Ou que les seuls gagnants seront les porteurs d’opérations privées ‘sans risque’[3] et des investisseurs lointains qui gagneront quelque défiscalisation même si les logements restent vides ?
Et pendant que tous les regards sont tournés vers Saint-Jacques, sa population migre vers les mêmes logements indécents de La Réal et Saint-Matthieu avec la très grande probabilité de voir se reproduire ici ce qui s’est passé là.

Photographie d’étais dans une rue du quartier Saint-Jacques à Perpignan. La photographie date de juin 2018.
Photographie d’étais dans une rue du quartier Saint-Jacques à Perpignan. La photographie date de juin 2018.

Un projet d’avenir pour Saint-Jacques et le centre-ville de Perpignan

Partant de ces constats d’échec, nous affirmons qu’il est possible de construire et mettre en œuvre un projet d’avenir dans les quartiers en souffrance du centre-ville : un projet solidaire, innovant socialement, respectueux de l’histoire de notre ville et de ses habitants.
Alors qu’une municipalité comme Albi a obtenu le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO de sa cathédrale et du quartier qui l’entoure, celle de Perpignan détruit le tissu urbain qui fait toute sa spécificité. Et nos élus présentent le secteur sauvegardé comme la contrainte majeure qui les a empêchés d’améliorer le centre-ville : c’est faux. C’est la seule absence de volonté politique qui est à l’origine du délabrement du cœur de Perpignan. La « contrainte » du secteur sauvegardé n’est que le cache-sexe de leur manque d’intérêt pour la chose urbaine et de leur incurie.
Au contraire, nous pouvons faire du secteur sauvegardé une chance pour la ville. Partout en Europe, depuis presque 50 ans, les vieux quartiers sont rénovés car beaucoup d’élus ont compris le potentiel symbolique et touristique de ces quartiers (voir la réussite de Gérone, des villes italiennes).
Il faut lancer des opérations non de destruction mais de réhabilitation en respectant les traces de l’histoire : raisonnement par l’îlot avec des opération de curetage (pour créer ou recréer une respiration centrale, pour dédensifier les îlots et agrandir les logements) mais aussi des opérations de remembrement urbain sur plusieurs immeubles de petites tailles (fusionner/regrouper des immeubles pour avoir des surfaces plus importantes et des appartements qui répondent aux demandes de confort d’aujourd’hui).
Il faut mettre en place les outils pour parvenir à cet objectif, avec une ou plusieurs structures d’intervention dimensionnées correctement : conseil aux propriétaires, mobilisation de prêts, acquisition et maîtrise d’ouvrage publique directe, baux emphytéotiques, baux à réhabiliter, habitat participatif, …
Il faut construire une vision d’avenir partagée avec les habitants et déployer des actions autour de l’éducation et de la formation, du sport, de la santé, de la culture, de la gestion partagée des espaces communs, de l’insertion économique, …
Enfin, il faut piloter le projet de façon transparente et lisible par tous, selon un calendrier cohérent et largement diffusé pour pouvoir se projeter en confiance dans le futur de la ville. Il en va du respect de la dignité des habitant.es, sans lesquels aucune transformation n’est possible.
La réhabilitation du centre-ville est une opportunité pour dynamiser le tissu culturel et créer un vrai réseau d’appui sanitaire et social. C’est également une opportunité pour développer une économie de la rénovation, en soutenant les professionnels compétents et les artisans d’art et en développant des formations, y compris à destination des habitants des quartiers (chantiers et entreprises d’insertion).

En alliant valorisation patrimoniale, écologie urbaine et développement économique et social, Perpignan peut faire de la réhabilitation de son centre-ville un modèle du genre en Europe.


Notes

  1. Une seule action sur l’insertion des jeunes est évoquée dans le rapport 2016 sur la mise en œuvre du contrat de ville : non précisée et ‘à réorienter’
  2. Volet social des « Etudes urbaines et sociales pour le quartier St Jacques », Lieux-Dits, janvier 2017
  3. La rénovation de la place Carola et ses abords va faire l’objet d’une concession ‘sans risque’, c’est-à-dire que la ville se porte garante de couvrir les déficits de l’opération. Voir délibération 2018-5.01 du conseil municipal du 24 mai 2018

Invitation pour l’appel du 16 juin 2018

Invitation pour l'appel du 16 06 2018
Invitation pour l’appel du 16 06 2018

Le collectif Nou-S Perpignan vous invite à participer à son appel pour pour la construction du projet de gauche, démocratique, solidaire et écologique dont Perpignan a besoin.
Cet appel aura lieu place Arago, au pied de la statue de François Arago.

Cet événement sera suivi d’un moment convivial à l’Atelier du Parti Pris, au 16, rue Maréchal Foch.

Venez nombreux!

Fem Perpinyà gran de nou