La canicule et la ville

Le collectif NOU-S PERPIGNAN ose espérer que la canicule dont nous sortons péniblement, et la menace de celles qui s’annoncent, constitueront un tournant pour la municipalité dans sa vision de la ville, ainsi que dans sa manière de penser son aménagement.

Si nous voulons limiter les effets des coups de chaleur à venir, Perpignan ne peut plus se permettre de liquider ce qui reste de sa ceinture verte, ni d’urbaniser tous les espaces encore libres dans son tissu urbain. Au contraire NOU-S PERPIGNAN propose un plan de renaturalisation de la ville qui préserve et étende les espaces verts, comme on le fait actuellement à Lyon. On ne peut plus décemment aujourd’hui lotir tous les espaces depuis le parc des Sports jusqu’au Mas Palegry, depuis Mailloles jusqu’au Mas Besson. On ne peut plus décemment aujourd’hui détruire les ruelles du centre ancien pour ouvrir des parkings fournaises. C’est être irresponsable et foncer dans le mur climatique.

Outre cette politique de renaturalisation de la ville, une attention particulière doit être portée à l’aménagement et au mobilier urbain. Pour résister à la chaleur nous avons besoin d’arbres sur nos places et nos promenades (mais les arbres ont disparu dans notre ville), de bancs pour nous asseoir (mais ceux de la Cité des Pêchers se sont évanouis), de fontaines disponibles régulièrement au centre-ville et dans les quartiers (mais celle de la place Rigaud n’est plus), de jardins publics qui soient ouverts à permanence.

La municipalité, pour montrer son souci de la population, devrait enfin se décider à avancer sur l’équipement et la gestion de l’espace public. NOU-S PERPIGNAN en fait déjà un axe majeur de son projet pour la ville.

Ce que nous disent les bus de Figueres.

L’organisation d’un ramassage en bus dans les communes de notre département pour emmener touristes et habitants au marché de Figueres a provoqué dans notre classe politique locale, et perpignanaise au premier chef, une levée de bouclier d’un autre âge.

Au lieu de critiquer l’initiative de la mairie de Figueres, bien reçu des touristes et des Roussillonnais, la mairie de Perpignan ferait bien de réfléchir un peu. Plutôt que de considérer la Catalogne comme une concurrente déloyale faisant jouer le facteur « bon marché », elle devrait considérer le bassin de 2,5 M de personnes qui habitent entre Figueres et Barcelone comme une opportunité, et travailler d’urgence à faciliter les relations transfrontalières, notamment en termes de mobilité. Sait-elle qu’au Pays Basque un train régional relie Hendaye à Saint-Sébastien en une demi-heure pour 2,45 euros, de 5 h à 23 h ? Elle devrait aussi se demander pourquoi elle n’est pas capable d’organiser un marché attractif convivial, mais de qualité, qui servirait de vitrine aux producteurs roussillonnais, comme il en existe de l’autre côté de la frontière ?

Au lieu de se lamenter, la municipalité de Perpignan devrait arrêter de regarder passer les trains (ou les bus) et renouer avec son histoire pour redevenir une capitale active de sa région.

Quand tout va mal, Louis Alliot sort du bois

L’affaire de la destruction du quartier Saint-Jacques dans le cadre du NPNRU a permis de faire un tour d’horizon des forces qui aiguisent leurs couteaux à droite avant les municipales de 2020. Disons-le tout net, il est en tout point inquiétant.

Jean-Marc Pujol, maire de Perpignan, absent quand se sont manifestées les premières tensions, a mené la politique terne et sans vision à laquelle nous sommes habitués. Son adjoint à la politique de la ville, Olivier Amiel, s’est répandu en imprécations et en mensonges, en tâchant de diviser la population de Perpignan pour servir ses intérêts politiques. Romain Grau a agi à sa mesure, sans courage aucun et de façon détournée, pour préserver lui aussi ses clientèles et ses intérêts.

Mais dans ce tableau déprimant, le collectif NOU-S PERPIGNAN a trouvé encore matière à se catastropher plus de l’intervention de Louis Alliot. Silencieux depuis des mois, tête d’une opposition municipale atone depuis quatre ans, le voilà sorti du bois comme un prédateur politique se délectant que les choses aillent mal. Non pas pour proposer quoi que ce soit pour le centre ancien, mais pour profiter de la situation. Et cela avec une violence rare, en affublant ses adversaires de sobriquets insultants, et en traitant Romain Grau et Olivier Amiel de « socialistes » (sic!) incurables.

Ce faisant Louis Alliot s’est montré tel qu’il est. Le parfait représentant d’un parti qui prospère sur la misère. Le parfait représentant d’un parti qui n’a rien à y opposer sinon des catalogues « Y a qu’à faut qu’on ». Le parfait représentant d’un parti d’extrême-droite, pour qui la droite est déjà trop à gauche, et qui n’hésite pas à porter de sinistres anathèmes sur les options politiques qui ne sont pas les siennes.

Perpignan n’a que faire d’un maire comme lui. Perpignan a besoin d’un projet d’avenir, rassembleur, cohérent. Le projet que NOU-S PERPIGNAN veut construire.

Olivier Amiel mélange les torchons et les serviettes

En réponse aux tensions qu’a connu le quartier Saint-Jacques l’après-midi du vendredi 27 juillet 2018, Olivier Amiel a diffusé une liste de ce qu’il qualifie de « réunions de concertation » ayant précédé les travaux du NPNRU. Il l’a assorti, une nouvelle fois, d’attaques à l’encontre des entités et des personnes qui critiquent la mise en œuvre des travaux de destruction dans le centre ancien. Le Collectif NOU-S PERPIGNAN a estimé que la forme – l’agressivité du ton devient chez lui une malheureuse habitude – comme le fond – l’exhibition d’une prétendue liste de « concertations » qui mélange les torchons et les serviettes – méritaient une réponse.

Sur la forme, la réponse d’Olivier Amiel est indigne de quelqu’un qui prétend exercer la première magistrature dans cette ville. La mise en cause de personnes et d’acteurs associatifs connus pour leur attachement au centre-ville et pour leur implication dans la vie de ses quartiers est lamentable.
Lamentables aussi les grosses ficelles de l’école de communication municipale, dont Olivier Amiel est un élève appliqué. L’invocation du bien être des habitants du centre ancien de Perpignan pour justifier les opérations de destruction de leur quartier frôle l’indécence. Ces habitants, que l’on a laissé s’enfoncer dans la misère, et à qui l’on dit un jour une chose, un jour une autre, sentent bien que l’objectif de la manœuvre est de les chasser du centre-ville. Quant à la dénonciation de la « politisation » des opposants à la politique municipale, elle est inquiétante, et illustre précisément ce qu’est la politique de la municipalité. Une politique conservatrice et autoritaire, appliquée par les membres d’un parti, Les Républicains, dont Olivier Amiel est un membre satisfait, et dont les penchants réactionnaires sont tous les jours plus flagrants.

Sur le fond, parmi l’amas des 48 réunions « de concertation » sous lesquelles Olivier Amiel veut cacher le passage en force municipal, et dont on ne peut vérifier dans le détail ni l’assistance ni la teneur, il apparaît que beaucoup n’ont rien à voir avec de la « concertation » Au moins 12 n’ont été que des réunions « d’information » , et 2 ont même eu lieu sans que les habitants ne soient conviés. 3 réunions ont eu un objet qui n’est pas en lien avec le Contrat de Ville ou le NPNRU, et NOU-S Perpignan note la présence de 5 réunions avec le « groupe ouvert de référents de la communauté gitane ». Ce groupe, présenté comme un conseil citoyen dédié exclusivement à la communauté gitane, a été créé en dehors de tout cadre légal. Sa composition et le mode de nomination de ses membres n’ont jamais été rendus publics, et aucun compte-rendu de ses réunions n’est disponible. On nage là en pleine transparence municipale, et il faut saluer le geste d’Olivier Amiel de rendre public une pratique si peu cohérente avec les principes républicains qu’il prétend défendre. Quant à l’absence de réunion concernant le théâtre municipal Jordi Pere Cerdà, ou l’aménagement de la place Carola, elle montre le peu d’intérêt de la municipalité pour l’avis de la population.

En réalité, la municipalité n’a organisé la concertation sur le NPNRU qu’en dernière instance, et sans enthousiasme, en décembre 2017. Après recueil des avis en janvier et février 2018, elle n’a organisé qu’une seule réunion publique, annoncée en catimini, le 7 février 2018, durant laquelle la parole des opposants à la destruction du centre ancien, qui pourtant proposent des alternatives constructives, a été méprisée. Quant aux habitants du quartier, il est évident qu’ils sont peu ou mal informés des opérations de destruction, et les subissent au coup par coup.

Se « concerter » c’est, suivant le dictionnaire, préparer ensemble une action, pas se débrouiller pour faire ce qu’on veut. Aussi le collectif NOU-S Perpignan demande que le cadre réglementaire fixé par la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine soit enfin respecté. Les obligations légales de co-construction doivent être suivies. Une maison du projet devrait être ouverte sans délais au cœur de Saint-Jacques, où les habitants pourraient se tenir informés grâce à des plans et donner leur avis. Les projets de rénovation urbaines ne doivent plus être fait dans l’intérêt de certains mais dans l’intérêt général.

La municipalité va-t-elle enflammer Saint-Jacques ?

Suite à l’arrêt des travaux de destruction d’un nouvel îlot du quartier Saint-Jacques ce vendredi 27 juillet, du fait de l’intervention des habitants du quartier, le collectif NOU-S PERPIGNAN qui s’est déjà exprimé, à l’instar d’autres groupes politiques, associations, personnalités et experts du patrimoine, contre le projet de « rénovation urbaine » tel qu’il est mené par la municipalité de Perpignan dans le centre ancien, dénonce avec inquiétude la stratégie de passage en force de celle-ci.

Méprisant ouvertement toutes les voix qui s’élèvent pour pointer du doigt ce qui ressemble de plus en plus à une mutilation inédite en Europe d’un quartier historique remarquable, jouant avec des populations fragiles qui ne savent pas où les pelleteuses frapperont demain, ni quel avenir on leur proposera, elle a décidé de continuer cet été son entreprise de démolition.

Ce faisant, elle risque de provoquer la réaction des populations du centre-ville, ulcérées par cette politique du fait accompli, et met en péril la tranquillité et la sécurité publique dans ces quartiers.
Si elle s’entête, la municipalité de Perpignan sera responsable devant les Perpignanais d’avoir mené avec entêtement une politique brutale, dénoncée par tous, et comptable du saccage patrimonial et social qui en résultera.

Quel projet pour le centre-ville de Perpignan ?

Le projet de rénovation urbaine du quartier Saint-Jacques, quartier prioritaire d’intérêt national de la politique de la ville, bat son plein. Une nouvelle vague de bulldozers arrive, et nos élus nous promettent les grues pour bientôt.

Photographie du panneau d’information sur la démolition de l’îlot Puig.
Photographie du panneau d’information sur la démolition de l’îlot Puig.

À juste titre de nombreuses voix s’élèvent contre le projet actuel. Dans un objectif de dé-densification urbaine mais aussi de contrôle de l’espace public, on veut multiplier les placettes en abattant des îlots entiers, détruisant par là- même la spécificité historique de ce quartier, lotissement ‘ouvrier’ dont la trame date du Moyen-Âge. On a préféré, pour pouvoir attirer des investisseurs privés, les opérations de destruction/reconstruction plutôt que de réhabilitation. Et la communauté gitane du quartier s’inquiète de son futur : malgré les messages qui se veulent rassurants, aucune information n’est donnée sur le planning du projet, ni sur les mesures qui seront prises pour assurer son relogement dans le quartier.
Il suffit de déambuler dans Saint-Jacques pour se rendre compte de son état de délabrement avancé, qui est le fruit d’un abandon de longue date sur lequel on devrait d’ailleurs s’interroger. Alors oui, bien sûr, arrivé à ce point il faut une politique de requalification urbaine. Mais une politique qui offre un avenir aux populations du quartier, dans le respect du patrimoine bâti, et qui imagine de nouvelles modalités d’intervention.

Une question de méthode : l’urbain et le social

Il est faux de croire qu’une stricte intervention d’urbanisme changera quoi que ce soit à la situation sociale du quartier, 40 ans de politique de la ville nous l’apprennent largement. La ville est à l’image des sociétés qui la développent et non l’inverse.
Il faut donc une intervention sociale forte qui anticipe puis accompagne le projet urbain, ainsi que l’association des habitants au projet pour une appropriation effective. Or qu’en est-il des projets sur le quartier ? Quelles initiatives pour lutter contre la déscolarisation (ne faut-il pas s’interroger sur le modèle de l’école de la Miranda) ? Quels projets pour les jeunes du quartier, désœuvrés et sans compétences [1]? Quels moyens et quelle indépendance pour la maison de quartier ? Quels outils pour la santé, l’alphabétisation, la scolarisation, l’accès à l’emploi, la condition des femmes ? Le quartier a pourtant fait l’objet d’un diagnostic social très complet qui détaillait les conditions de réussite de l’opération[2], en pointant notamment l’enjeu de l’insertion sociale des jeunes.
La simple greffe de nouveaux bâtiments ‘aux normes’ et proprets ne modifiera pas la vie du quartier. Sans projet de fond pour les habitants actuels de Saint-Jacques, ils resteront certainement vacants des habitants des classes moyennes que l’on espère voir s’implanter pour assurer une mixité sociale. La création de logements « adaptés » aux populations gitanes du quartier ne va qu’amplifier les effets ségrégationnistes de l’absence d’une politique claire et non clientéliste à leur attention, en renforçant et matérialisant le sentiment d’une différence. Ce n’est pas l’usage des espaces domestiques qui est problématique, mais l’usage des espaces communs et particulièrement de l’espace public dont l’investissement peut faire peur.
Que conclure, de cette absence de réflexion et d’accompagnement social ? Que les craintes de la population sont fondées et qu’il s’agit bien d’une opération pour les écarter du quartier et ainsi avoir les mains libres pour sa réaffectation à d’autres populations ? Ou que les seuls gagnants seront les porteurs d’opérations privées ‘sans risque’[3] et des investisseurs lointains qui gagneront quelque défiscalisation même si les logements restent vides ?
Et pendant que tous les regards sont tournés vers Saint-Jacques, sa population migre vers les mêmes logements indécents de La Réal et Saint-Matthieu avec la très grande probabilité de voir se reproduire ici ce qui s’est passé là.

Photographie d’étais dans une rue du quartier Saint-Jacques à Perpignan. La photographie date de juin 2018.
Photographie d’étais dans une rue du quartier Saint-Jacques à Perpignan. La photographie date de juin 2018.

Un projet d’avenir pour Saint-Jacques et le centre-ville de Perpignan

Partant de ces constats d’échec, nous affirmons qu’il est possible de construire et mettre en œuvre un projet d’avenir dans les quartiers en souffrance du centre-ville : un projet solidaire, innovant socialement, respectueux de l’histoire de notre ville et de ses habitants.
Alors qu’une municipalité comme Albi a obtenu le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO de sa cathédrale et du quartier qui l’entoure, celle de Perpignan détruit le tissu urbain qui fait toute sa spécificité. Et nos élus présentent le secteur sauvegardé comme la contrainte majeure qui les a empêchés d’améliorer le centre-ville : c’est faux. C’est la seule absence de volonté politique qui est à l’origine du délabrement du cœur de Perpignan. La « contrainte » du secteur sauvegardé n’est que le cache-sexe de leur manque d’intérêt pour la chose urbaine et de leur incurie.
Au contraire, nous pouvons faire du secteur sauvegardé une chance pour la ville. Partout en Europe, depuis presque 50 ans, les vieux quartiers sont rénovés car beaucoup d’élus ont compris le potentiel symbolique et touristique de ces quartiers (voir la réussite de Gérone, des villes italiennes).
Il faut lancer des opérations non de destruction mais de réhabilitation en respectant les traces de l’histoire : raisonnement par l’îlot avec des opération de curetage (pour créer ou recréer une respiration centrale, pour dédensifier les îlots et agrandir les logements) mais aussi des opérations de remembrement urbain sur plusieurs immeubles de petites tailles (fusionner/regrouper des immeubles pour avoir des surfaces plus importantes et des appartements qui répondent aux demandes de confort d’aujourd’hui).
Il faut mettre en place les outils pour parvenir à cet objectif, avec une ou plusieurs structures d’intervention dimensionnées correctement : conseil aux propriétaires, mobilisation de prêts, acquisition et maîtrise d’ouvrage publique directe, baux emphytéotiques, baux à réhabiliter, habitat participatif, …
Il faut construire une vision d’avenir partagée avec les habitants et déployer des actions autour de l’éducation et de la formation, du sport, de la santé, de la culture, de la gestion partagée des espaces communs, de l’insertion économique, …
Enfin, il faut piloter le projet de façon transparente et lisible par tous, selon un calendrier cohérent et largement diffusé pour pouvoir se projeter en confiance dans le futur de la ville. Il en va du respect de la dignité des habitant.es, sans lesquels aucune transformation n’est possible.
La réhabilitation du centre-ville est une opportunité pour dynamiser le tissu culturel et créer un vrai réseau d’appui sanitaire et social. C’est également une opportunité pour développer une économie de la rénovation, en soutenant les professionnels compétents et les artisans d’art et en développant des formations, y compris à destination des habitants des quartiers (chantiers et entreprises d’insertion).

En alliant valorisation patrimoniale, écologie urbaine et développement économique et social, Perpignan peut faire de la réhabilitation de son centre-ville un modèle du genre en Europe.


Notes

  1. Une seule action sur l’insertion des jeunes est évoquée dans le rapport 2016 sur la mise en œuvre du contrat de ville : non précisée et ‘à réorienter’
  2. Volet social des « Etudes urbaines et sociales pour le quartier St Jacques », Lieux-Dits, janvier 2017
  3. La rénovation de la place Carola et ses abords va faire l’objet d’une concession ‘sans risque’, c’est-à-dire que la ville se porte garante de couvrir les déficits de l’opération. Voir délibération 2018-5.01 du conseil municipal du 24 mai 2018